Vous savez qu’il ne reviendra pas.

Pourquoi ai-je encore parfois l’impression qu’il va revenir ?

Je sais qu’il/elle ne reviendra pas. Pourtant, il m’arrive encore de penser à l’appeler, d’attendre un message ou de croire reconnaître sa présence pendant une fraction de seconde. Pourquoi notre cerveau continue-t-il parfois à attendre quelqu’un dont nous savons pourtant qu’il/elle est mort(e) ?

Notre cerveau ne fait pas qu’enregistrer le monde : il l’anticipe.

Au fil des années passées avec quelqu’un, notre cerveau apprend une multitude de régularités. Une voix dans une autre pièce, un message à une certaine heure, une place occupée à table, une voiture qui rentre le soir, une personne à appeler lorsqu’une bonne nouvelle arrive.

Ces habitudes ne sont pas seulement des souvenirs. Elles participent à la manière dont notre cerveau anticipe ce qui va probablement se produire. Lorsqu’une personne meurt, la réalité change brutalement. Mais les modèles construits pendant des mois, parfois des dizaines d’années, ne disparaissent pas au moment où nous apprenons son décès.

C’est là qu’apparaît un paradoxe particulièrement douloureux du deuil : Je sais qu’il/elle est mort(e), mais une partie de moi continue à s’attendre à sa présence.

Le lien d’attachement ne s’efface pas en quelques jours.

Lorsqu’une personne occupe une place importante dans notre vie, elle est intégrée à notre système d’attachement. Nous savons où la trouver. Nous nous tournons vers elle dans certaines situations. Sa présence peut être associée à la sécurité, au réconfort, aux habitudes ou simplement à notre manière d’organiser notre quotidien.

Le cerveau doit progressivement intégrer une information immense : cette personne fait toujours partie de mon histoire et de ma mémoire, mais elle n’est plus physiquement accessible.

Cette adaptation demande du temps et elle n’est pas linéaire.

Pourquoi certaines situations font-elles si mal ?

Parce que la vie quotidienne confronte sans cesse notre cerveau à ce qui a changé.

Le téléphone qui ne sonne plus, la chaise vide, une chanson, une odeur, un anniversaire…

Une situation dans laquelle cette personne aurait normalement été présente. A chaque fois, il peut exister un décalage entre ce que notre cerveau avait appris à attendre et ce qui se produit désormais réellement. Petit à petit, de nouvelles associations peuvent se construire. Cela ne signifie pas oublier la personne ni effacer le lien.

Il s’agit plutôt d’apprendre à vivre dans un monde dans lequel ce lien existe désormais autrement.

Alors non, vous ne devenez pas fou.

Si vous avez parfois l’impression de chercher encore la personne disparue, de penser spontanément à l’appeler ou d’attendre sa présence pendant quelques secondes, cela peut faire partie de l’expérience du deuil. Comprendre ces mécanismes ne supprime évidemment pas la douleur.

Mais cela peut permettre de porter un regard différent sur certaines réactions qui peuvent sembler incompréhensibles. Le deuil n’est pas simplement une question de “tourner la page”. C’est aussi un immense travail d’adaptation à une réalité que notre cerveau doit progressivement apprendre à intégrer.

Et parfois, comprendre ce qui se passe en nous constitue déjà une première façon de ne plus se sentir complètement perdu.

Suivant
Suivant

Le temps passe… alors pourquoi la douleur est-elle toujours aussi présente ?